29 mars 2012
La 27e Région : Vers des laboratoires d’innovation sociale permanents dans les Régions
« Produire des politiques publiques par et pour les gens », tel est l’objectif que s’est fixée La 27e Région pour faire naître l’innovation sociale au sein de l’acteur public. « Il s’agit de rompre avec la vision managériale publique à l’ancienne et la culture de l’innovation par le haut », selon le délégué général de l’association La 27e Région, Stéphane Vincent. Les acteurs locaux (élus, agents, citoyens…) sont sollicités pour identifier ensemble les besoins à satisfaire dans les domaines du lien social, de l’emploi, de l’environnement, de l’économie, et imaginer collectivement des pistes de solution. Après trois ans de gestation et d’incubation au sein de la Fondation internet nouvelle génération (FING), la 27e Région - une initiative de l’Association des régions de France (ARF) - est devenue à partir de janvier 2012 une association loi 1901. Elle a également pour partenaire la Caisse des Dépôts et reçoit le soutien financier de l’Union européenne. Le budget de la 27e Région, pris en charge par la Caisse des Dépôts, l’ARF, certaines Régions elles-mêmes et l’Union européenne, est passé de 400 000 à 700 000 euros par an.
En 2009, à l’occasion de l’année européenne de la créativité et de l’innovation, La 27e Région lance Territoires en Résidences. Une initiative qui consiste à accueillir sur quelques semaines une équipe pluridisciplinaire constituée de designers, d’innovateurs numériques, d’architectes, de sociologues et de chercheurs, au sein d’un équipement ou d’un espace public : un lycée, une université, une maison de service, une gare, un parc d’entreprises, un écomusée, une pépinière, un quartier, une intercommunalité, etc.
Jusqu’en 2010, Territoires en résidences a été expérimentée dans 8 Régions. Des équipes pluridisciplinaires ont passé trois semaines en immersion dans douze structures locales, autour de thèmes prédéfinis de travail comme le « campus ouvert » dans un lycée de Champagne-Ardenne, ou « la gare de demain » dans une gare de Bourgogne. Ces équipes ont fait plancher les acteurs locaux en s’appuyant sur des concepts et méthodes issus de l’ethnologie et du design collaboratif. Maquettes, figurines et autres cartes participatives ont été utilisées pour faire émerger une vision collective, souvent décalée. « En revisitant le thème de la citoyenneté au lycée, le besoin d’aider les élèves à se rencontrer a été identifié. L’outil du speed dating s’avérait dès lors bien plus pertinent que n’importe quelle exposition sur le civisme ! » raconte Stéphane Vincent.
Un premier bilan de cette expérimentation a permis d’identifier deux sources de blocage. D’une part, une mobilisation variable des agents, « souvent déresponsabilisés par des années de recours aux méthodes traditionnelles de consulting », selon Stéphane Vincent. D’autre part, une autocensure forte, enracinée dans l’obligation de réserve des agents. Pour la contourner, un « tiers espace » a été créé, via la signalétique et la scénarisation, doté d’une règle du jeu explicite : « ici, la parole est libre ». De nombreuses idées de projet ont ainsi émergé, dont plus d’un quart ont été concrétisées six mois plus tard.
Après cette première phase d’expérimentation, l’objectif est maintenant de transformer l’expérience acquise en aidant un groupe de Régions candidates à se doter de leur propre fonction d’innovation sociale et de “design thinking”. Jusqu’en 2014, des équipes pluridisciplinaires vont se rendre en immersion au sein de Conseils régionaux, sur des périodes plus longues, pour simuler l’existence d’un laboratoire d’innovation sociale au sein de l’institution. « On change d’échelle : on examine les procédures, le cœur des processus administratifs », indique Stéphane Vincent. Toujours autour de thèmes prédéfinis, comme les « villages du futur » en Bourgogne, ou l’emploi en PACA.
Ce « piratage consenti par l’institution », comme le décode Stéphane Vincent, vise à élaborer des pistes pour un laboratoire d’innovation sociale embarqué permanent, à l’image de la cellule interministérielle MindLab au Danemark ou du laboratoire d’innovation sociale SILK dans le Comté du Kent au Royaume-Uni. L’idée étant de faire des Régions un lieu d’expérimentation de pratiques qui pourraient être mises en œuvre à plus grande échelle, et pourquoi pas, comme le rêve Stéphane Vincent, « voir peut-être un jour l’innovation sociale appliquée par un gouvernement ».
Pour aller plus loin :
www.la27eregion.fr







