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En amont de l’évaluation de l’utilité sociale : clarifier les enjeux

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Une idée générale…

Utilité sociale, valeur ajoutée sociale, plus-value sociale ou sociétale, utilité sociale et écologique… Les notions sont multiples, l’idée est semblable. Les acteurs des organisations de l’économie sociale et solidaire (mais d’autres organisations peuvent être concernées, dans une certaine mesure) sont convaincus qu’ils apportent à la collectivité et à leurs territoires d’intervention un “bénéfice collectif”, au-delà des services qu’ils rendent à des individus, des biens qu’ils peuvent produire, des emplois qu’ils peuvent créer.

Ces “bénéfices” attendus ou revendiqués sont d’ordre divers : du lien social, de la solidarité, une réduction de l’exclusion, une contribution à une démocratie plus vivante, à la mise en œuvre de droits fondamentaux, à la qualité de vie ou à l’environnement sur des territoires, etc.

... qui peut déboucher sur de premières exigences d’évaluation

Une société qui attribue de la valeur à ces bénéfices collectifs doit donc aussi accepter d’y consacrer des ressources publiques, ce qui est le cas (qu’il s’agisse de subventions, d’exonérations d’impôts divers, de possibilités de recours à des emplois aidés, etc.), tout en demandant évidemment aux structures qui bénéficient de ces ressources de rendre des comptes, non seulement sur le plan financier, mais aussi sur celui de la production d’utilité sociale. D’où l’exigence d’évaluation des actions sous l’angle de leur utilité sociale.

Mais, ce guide le montre fort bien, d’autres raisons peuvent justifier une démarche d’évaluation. Il ne s’agit pas seulement de pouvoir justifier son action auprès de partenaires et de financeurs divers. Cela peut, dans certains cas, participer de la réactivation du projet de la structure concernée et de son sens pour les acteurs “internes”. Et de bien d’autres motifs !

Commencer par réfléchir aux enjeux

Rien ne serait moins “socialement utile” que de céder à des effets de mode (pour l’instant, le risque est faible…) en se précipitant sur des évaluations ou des mesures de l’utilité sociale sur la base d’un “kit” méthodologique. Ce serait aller à l’échec. Il faut d’abord clarifier nombre de questions en amont : pourquoi et quoi évaluer ? Avec qui ? Quels aspects de l’utilité sociale ?

C’est alors, et alors seulement, que se posera la question du “comment ?”, des méthodes, des processus, des étapes, de l’organisation concrète de l’évaluation, des résultats visés, des usages ultérieurs, etc. Ce guide contient une mine d’apports sur ce vaste ensemble de questions préalables à la mise en œuvre. Évoquons-les en quelques mots.

Pourquoi évaluer, et quoi ?

Il n’y a bien sûr aucun caractère obligatoire pour une association ou une structure de l’ESS d’évaluer son utilité sociale ou d’autres aspects de son fonctionnement. S’il existe des moments et des situations où cela peut être un réel apport, parfois indispensable, il faut se méfier des excès de la technicisation du social, des usines à gaz et autres tableaux de bord complexes restant dans des tiroirs. On n’a en général dans ces structures que peu de temps à consacrer à des démarches réflexives et il faut donc l’employer à bon escient. Il existe toutefois de très nombreuses raisons qui peuvent justifier une telle démarche, mais on peut les regrouper en deux grandes dimensions. En simplifiant : une dimension “interne” et une dimension “externe”.

- LA DIMENSION "INTERNE". On peut souhaiter évaluer différents aspects de la vie associative pour que les membres de l’organisation et ceux qui la fréquentent ou bénéficient de ses actions fassent de l’évaluation un moment de réflexion collective interne sur le sens et sur les conséquences de leurs actions, ou sur l’efficacité au regard d’objectifs, ou sur bien d’autres choses.

Les questions que l’on met en débat sont alors les suivantes :

  • Qu’apportons-nous à la société, à notre territoire, à certaines personnes, en termes de bénéfices pour la collectivité, au-delà du fait que nous rendons des services individuels ?
  • Est-ce que les apports collectifs que nous visions dans notre projet correspondent aux apports constatables ?
  • Comment améliorer nos actions, mieux nous outiller à cet effet, professionnaliser les acteurs sous l’angle de leurs contributions à des missions clarifiées, mieux utiliser les ressources, etc. ?

C’est ici que se pose la question du “quoi ?” : il n’est pas équivalent d’évaluer l’utilité sociale, notion à préciser, la qualité des services rendus aux personnes, le projet associatif dans son ensemble, l’organisation et la vie internes de la structure, etc.

- LA DIMENSION "EXTERNE". Des justifications possibles d’une démarche d’évaluation de l’utilité sociale trouve sa source dans les relations “externes” de la structure avec des parties prenantes diverses : financeurs, élus et administrations, etc. Ces acteurs ont parfois une vision très partielle de la “production sociale” des associations. Si, par exemple, ils ont tendance à penser que l’utilité sociale d’une structure d’insertion s’évalue par un taux de retour à l’emploi des personnes accueillies, ils risquent fort de passer à côté de bien d’autres bénéfices collectifs : l’amélioration du rapport au travail, des conditions d’existence, de la santé et de l’image de soi, etc. Et ils risquent de juger négativement les structures qui font le choix d’accueillir non pas les chômeurs les moins éloignés du travail et de l’emploi, mais au contraire les personnes les plus “cassées” par des années de galère.

Une évaluation bien conduite peut enrichir leur vision des apports sociétaux et humains de telles actions. Bien entendu, une évaluation peut à la fois retenir des objectifs internes et externes. Encore faut-il alors s’entendre sur leur étendue et leur ambition...

Quels acteurs de l’évaluation ?

La réponse à cette question dépend des choix précédents (pourquoi et quoi évaluer ?). Une évaluation dont l’objectif est principalement interne n’aura pas nécessairement les mêmes protagonistes qu’une évaluation effectuée en réponse à des attentes de partenaires externes. Mais, dans tous les cas, sa réussite et son appropriation passent par une approche “participative”. Pourquoi ? Principalement parce que, dans toute évaluation, on trouve des jugements de valeur. On ne peut donc avancer que si l’on construit des valeurs partagées, des conventions sur la nature de ces bénéfices collectifs qui composeront la notion d’utilité sociale définie conjointement. C’est plus facile à dire qu’à faire, mais c’est une condition d’efficacité, de pertinence et d’utilité de l’évaluation. Et, bien entendu, la possibilité de se faire accompagner dans ce processus constitue un atout à ne pas négliger.

Quelle utilité sociale ?

On dispose à ce stade d’une vague idée de l’utilité sociale comme contribution à l’intérêt général, ou production de bénéfices collectifs. Le cœur de l’évaluation va consister à débattre de son contenu concret, dans chaque cas, et de la façon de décrire et parfois de mesurer (indicateurs) ses dimensions, selon des critères multiples.

Le guide "Evaluer l’utilité sociale de son activité" fournit des pistes solides, à l’opposé de toute “recette” et de toute grille prête à l’emploi.

Extrait du point de vue de Jean Gadrey, Professeur d’économie à l’Université de Lille 1, in "Evaluer l’utilité sociale de son activité", Cahier de l’Avise N°5, Octobre 2007.

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